Fêter un tel jubilé après une pandémie mondiale, suivie d'une période de conflit armé en Europe, ce n'est pas ce dont aurait rêvé un jeune homme de 23 ans en juin 1992.

A cet âge, je sortais de l'adolescence festive que les années 80 m'avaient offerte. La tête pleine d’espoir et de liberté, j'avais vu tomber le mur de Berlin, je m’étais amusé d’un fou rire mythique entre Clinton et Eltsine et j’entendais parler d’une monnaie européenne unique.

Une innovation allait révolutionner le monde de la création graphique. En 1992, j'étais l'un des premiers graphistes suisses à proposer des services PAO (publication assistée par ordinateur). La maîtrise de cet outil, le Macintosh, allait m'ouvrir les portes du succès malgré mon peu d'expérience professionnelle.

A cette époque, tout me semblait possible

J'ai dopé mes compétences par une formation de «Technicien en publicité» en 1994 et me suis associé avec un client pour fonder Bielstar Sàrl en 1995, le premier fournisseur d'accès internet de ma région.

En visite chez les grandes marques horlogères, on m'a ri au nez lorsque j'imaginais présenter une montre sur un site web. Je me souviens de remarques telles que «Vous n'imaginez pas un seul instant vouloir vendre nos magnifiques garde-temps sur un écran d'ordinateur?» ou «Vous pensez peut-être qu'un jour je ferai mes courses, assis dans mon salon, et qu'on viendra me livrer sur le pas de la porte?»

Il est vrai qu'à cette époque, il fallait avoir des visions et un minimum d'imagination.

Plus j'avançais et plus les «adultes» semblaient vouloir me remettre les pieds sur terre

Je me souviens aussi de notre idée de plate-forme immobilière avec les agences de ma région. L'ogre Publicitas, régie publicitaire disparue en 2018, n'avait pas apprécié et avait menacé nos interlocuteurs de réduire leurs avantages ou de supprimer leur page immobilière s'ils continuaient à soutenir notre projet. Notre petite entreprise n'était pas de taille, mais d’autres acteurs comme ImmoScout connaissent aujourd'hui un succès indiscutable sur ce marché. Encore un problème de vision.

Parallèlement, j'ai enseigné le multimédia à l'école professionnelle durant plusieurs années et j'ai continué à développer mes services de création.

Durant toutes ces années, j'ai appris à connaître de nombreux domaines passionnants comme l'horlogerie, l'industrie, la sous-traitance, l'informatique, l’alimentaire, le tourisme et bien d'autres. Mais, malgré une imagination débordante, je n'avais pas prévu qu’un virus allait stopper le monde entier en quelques semaines. Je pensais cela possible uniquement dans les blockbusters américains.

Comment cette pandémie allait-elle m'ouvrir de nouvelles perspectives?

Évidemment, j'ai également connu un arrêt brutal de mes activités créatives. Plusieurs projets ont été suspendus ou annulés, à l'image des salons professionnels. Mais il y avait tant de mandats en cours que j'ai terminé le premier semestre 2020 en douceur. Par contre, alors qu’habituellement les nouveaux projets arrivaient à la fin des vacances estivales, c'était très calme dès le mois d'août.

Nos réserves et les aides de l’état m’ont permis d’étudier et de me documenter sur plusieurs thèmes importants, que j'avais (trop) rarement le temps d'aborder en temps normal. Les idées ont fleuri et j’ai proposé différents projets et concepts de numérisation à mes clients. En janvier 2021, la quasi-totalité de mes propositions était validée et je me retrouvais avec du travail pour plus de 12 mois.

Alors, malgré la pandémie et les menaces de guerre, je reste positif et entrevois des perspectives intéressantes. Me voici 30 ans plus tard, avec quelques cheveux gris, mais avec une motivation intacte et la volonté de poursuivre l'aventure.

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